Publié par aixelles

Aix'Elles s'engage pour Octobre Rose, matinée d'initiation à l'aviron au profit de la lutte et la prévention contre le cancer du sein.

Le cancer, ça n'arrive pas qu'aux autres. En 2016, trois de nos adhérentes ont été  touchées par la maladie. Trois femmes, trois entreprises, trois parcours. L'une d'entre elles, Adeline Wendzinski, de la Biscuiterie de Rognes a souhaité que notre Association s'associe, cette année à Octobre Rose en organisant tout d'abord le 1er octobre un évènement sportif et ensuite une rencontre Aix'Elles sur le thème : "Femmes Chef d'Entreprise, le cancer parlons-en", afin de  témoigner des conséquences de la maladie sur la gestion d'une entreprise et de l'importance de la mise en place d'une prévoyance lorsqu'un tel évènement se produit dans la vie d'un chef d'Entreprise.

Le texte qui suit est la retranscription de ce témoignage.
 

 Adeline, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel et nous présenter ton entreprise : La Biscuiterie de Rognes, en quelques mots.
"Mon univers n’a pas toujours été celui de l’entrepreneuriat et de l’artisanat. Avant de devenir biscuitière, j’étais contrôleur de gestion dans une grande société de transport. Je me suis formée et j'ai obtenu un CAP de pâtisserie. J’ai acheté une boulangerie pâtisserie à Rognes en octobre 2010. Cette « petite boulangerie de village », je l’ai  achetée grâce à un prêt bancaire. J’ai aussitôt mis en place une prévoyance sur les conseils d’un membre de la famille. C’était un acte « raisonnable » mais à l’époque je n’étais pas convaincu de son utilité car moi, je ne suis jamais malade. La maladie, c’est pour les autres".

En juin 2016 où en était ton entreprise, après 6 ans de fonctionnement"
"La Biscuiterie était sur sa lancée de croissance. L’organisation qui était en place portait ses fruits à savoir qu’en fabrication et pour la vente tout était calé. La Biscuiterie de Rognes est une boulangerie de village et ceci est très important pour moi. Je participe également à des salons (je fais partie de la Route des arts et de la gourmandise de la Chambre des Métiers). Tout allait dans le bon sens. J’avais des projets d’avenir dont celui de vendre mes biscuits à l’international, pour cela une formation et un plan d’organisation avec un consultant étaient en place avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat pour réaliser cet objectif. J’avais également réhabilité le laboratoire de fabrication et sollicité et obtenu un nouveau prêt bancaire".

Avant de nous parler de l’annonce de la maladie, quel était ton rôle en tant que gérante à ce moment précis en juin 2016 ?
"J’étais bien sûr à la production. Je gérais les achats, les livraisons, je manageais mon équipe. Je m’occupais de la gestion, de la comptabilité du développement et des salons. Bref, mes journées commençaient à  5 heures du matin et se terminaient à 21h et cela 7 jours sur 7".

Et puis l’annonce du cancer est arrivée …
"Oui le diagnostic est tombé après la découverte et l’analyse d’une grosseur au sein. Ce fut un véritable cataclysme. Je n’ai pas pensé en premier au fait que ma vie était en danger. Non, ma première pensée a été : « se soigner, mais je n’ai pas le temps ! »  Et puis tout s’est enchainé très vite avec l’établissement du protocole, les rendez-vous à l’hôpital.
A ce propos, je vous livre une anecdote, celle de mon premier rendez-vous à l’hôpital pour poser un port-à-cath sorte de petit boitier que l’on implante sous la peau et d’un cathéter qui sera ensuite relié aux perfusions.    …. Pensant n’en avoir que pour 45 minutes (l’acte chirurgical est rapide environ ¼ d’heure), je pars avec mon fourgon et avec mes biscuits pour enchaîner avec une livraison. Mais les choses ne se sont pas passées comme je l’avais prévu, je suis restée à l’hôpital une bonne partie de la journée car j’étais hospitalisé. Et j’ai remis au lendemain ma livraison".

Quel était ton état d’esprit et tes pensées à ce moment là ?
"La peur pour mon entreprise. Peur de la baisse du CA, de ne pas pouvoir faire face aux charges, de ne pas pouvoir payer les salaires, peur des conséquences car je suis garante des dettes en tant que gérante.  Peur que l’on me vole MON entreprise. Peur d’être obligée de la vendre".

Et avec les médecins, cela se passe comment à ce moment ,
"Mon médecin a été très clair et m’a expliqué ce que je risquais si je n’acceptais pas de prendre du temps pour me soigner. Nous sommes allés au clash et j’ai vraiment hésité pendant une semaine sur la conduite à tenir".

Et au bout de cette semaine de réflexion ?
"J’ai choisi de parler et le choix de la communication s’est révélée être une stratégie gagnante. J’ai changé de position et me suit dit que, ce cancer, finalement c’était une chance pour une réorganisation que je pensais être nécessaire depuis quelques temps. En tous cas, cette réorganisation était impérative pour me rendre à l’hôpital en toute sérénité". 

En quoi a consisté cette réorganisation qui perdure au moment où tu nous parles?
"J’ai, en premier, défini des « hommes clés » et je suis sortie de l’organigramme opérationnel. J’ai décidé que je ne serai plus en fabrication. Ensuite, il était très important de nous rassurer mon équipe et moi-même « j’ai besoin de vous et vous avez besoin de moi. J’assure la gestion, vous assurez le quotidien ». J’ai fait le choix de la transparence et j’ai  appelé mes différents partenaires, clients professionnels, fournisseurs, confrères du village, mon expert-comptable et la banque. J’ai expliqué ma situation, les procédures mises en place pour que l’entreprise continue et tourne pendant mon année de protocole en leur affirmant que j’étais disponible au téléphone en cas de besoin. En retour, j’ai reçu beaucoup d’humanité de bienveillance".

Ce management participatif et le choix de la communication a-t-il fonctionné ?
"Oui tout à fait. Aujourd’hui l’entreprise va bien".

Adeline, tu es commerçante, installée au sein d’un village et forcément exposée aux bavardages, aux bruits qui courent comme l’on dit et aux erreurs d’interprétation. Comment cela s’est-il passé avec tes clients ?
"Là aussi j’ai choisi de parler vrai et de rassurer les gens : oui j’ai un cancer,  je me soigne, et la Biscuiterie continue à fonctionner. Là aussi, j’ai reçu beaucoup d’humanité et de bienveillance".

Venons-en à une des thématique de la soirée à savoir, l’importance des mesures de prévoyance quand on est chef d’entreprise ...
"
A l’annonce de la maladie,  il m’a fallu prévenir les différentes institutions (RSI – assurances – banque..) afin mettre en place les dossiers sinistres, une garantie incapacité de travail total et ensuite un mi-temps thérapeutique". 

Cela représente beaucoup de démarches et d’administratif ?
"Oui tout au long du traitement des éléments médicaux sont demandés. Il faut remplir des questionnaires, fournir un bulletin d’hospitalisation dans le but de constituer un dossier médical avec les comptes rendus des médecins, les arrêts de travail, les copies des indemnités journalières de chacun, des certificats sur l’honneur, les archives de dossiers médicaux antérieurs, extrait k-bis, imposition etc.  Voici une autre anecdote à ce sujet. Le premier mois à partir de l’annonce du cancer passe vite et j’ai oublié de transmettre dans les 2 jours mon arrêt de travail. Le RSI a démarré l’indemnisation d’une partie de mon salaire de gérante un mois ½ après mon premier jour d’arrêt".

Tu avais souscrit un contrat de prévoyance. Qu’est-ce que cela t’a apporté ?
"Tout d’abord un maintien de mes revenus. En 2016, le montant de ma cotisation prévoyance était de  42 € par mois. Grâce à cela, j’ai eu un maintien de mes  revenus par des versements d’indemnités journalières en complément du RSI. Dans mon cas, mon contrat prévoyait un mois de franchise et une exonération des cotisations au bout des 91èmes jours de versement d’indemnités. Ensuite, j’avais souscrit une assurance emprunteur en même temps que mes deux prêts bancaires. Ceux-ci  ont été pris en charge à 100 % des quotités puis à 50 %., grâce à cette assurance.  Je n’ai eu aucun jour de franchise.  Il y a quelques années, j’avais souscrit une facilité de caisse auprès de ma banque car la trésorerie de mon entreprise était très fluctuante. Et j’ai découvert qu’une garantie au profit du gérant permettait d’obtenir une indemnité mensuelle durant quelques mois. J’ai pu en bénéficier.
Un conseil : lisez bien votre contrat, renseignez vous, parlez auprès des professionnels de l’assurance et de la banque. Ils existent toutes sortes de contrats".

Quel fut ton quotidien professionnel durant 1 an et 4 mois…
"Je le qualifierai avec deux mots « présence et renoncement ».
Présence : Il m’a fallu montrer à mon équipe qu’il y avait toujours un pilote dans l’avion. Mon équipe avait mon planning médical (on réglait les problèmes avant mes rendez-vous à l’hôpital car les jours qui suivaient la chimiothérapie me terrassaient). Je passais les voir dès que j’allais mieux. Nous avons beaucoup échangé par SMS. J’avais des lacunes, à cause des troubles de la concentration, de la parole et de la fatigue. Puis cela allait mieux, je m’accrochais à l’administratif à mon équipe. Ce qui est paradoxal pour un entrepreneur, le rendez-vous chaque mois avec la TVA était une échappatoire et une réjouissance pour moi. Ce moment de reprise de contact avec les performances de l’entreprise me rassurait.
Et puis des questions se posaient concernant ma dégradation physique : devais je porter ou pas ma perruque avec mon équipe et les quelques clients que je croisais ? Durant la radio thérapie, le taxi me déposait à la biscuiterie tous les matins. Ils étaient inquiets mais heureux. Ils me le diront beaucoup plus tard.
La présence des Aix Elles m’a aidée. Chaque lendemain de rencontre, je suivais les comptes rendus …. Il y a eu aussi celles qui me faisaient signe…

Renoncement : Il m’a fallu apprendre à renoncer à des propositions, à de nouveaux clients professionnels, à des foires, à des formations, aux livraisons car le décalage devenait trop important, au plus fort du traitement. Je n’arrivais plus à m’impliquer, mon combat était ailleurs. Tout me paraissait dérisoire ou m’horripilait. C’était les montagnes russes.
Mais, l’important était que j’étais sereine pour l’entreprise car le quotidien était assuré et je n’avais pas de problème de trésorerie en raison des prises en charges…".

Aujourd’hui, une année a passé …
"Effectivement la situation ne doit pas perdurer. Pour moi (mon moral), pour mon équipe (essoufflement et lassitude) et donc pour l’entreprise. Il me faut relancer une dynamique. La Biscuiterie était sur le Cours Mirabeau pour le marché des artisans que la ville d’Aix en Provence organise chaque été. J’ai acheté une nouvelle machine. J’ai transformé des CDD en CDI et pu augmenter les salaires.
Et étrangement, de manière rétrospective, c’est à ce moment-là que je pris conscience de la gravité de mon cancer…. lorsque j’étais sereine pour l’entreprise. Et cela m’a sauvée. Des médecins me le diront beaucoup plus tard. Il me faut donc maintenant retrouver ma place dans l’entreprise au sein de mon équipe".

Si tu devais, au vu de ton expérience, donner un conseil aux entrepreneurs, quel serait il ?
"On souscrit une assurance voiture mais on ne pense pas à « assurer » le chef d’entreprise. Souscrivez une prévoyance !  Aucun entrepreneur n’est à l’abri d’une maladie ou un accident. J’en suis l’exemple même. Je n’avais jamais été malade avant que l’on me diagnostique un cancer à 46 ans".

Que peux-tu nous dire en guise de conclusion ?
"Mon entreprise allait me tuer… mon entreprise m’a sauvée du cancer. Aujourd’hui, la Biscuiterie de Rognes est toujours là. Je ne reviendrai pas en production, l’équipe s’en charge très bien. Il me faut maintenant axer mon travail sur la commercialisation, la gestion et le management. Je peux dire que le cancer a changé ma vision de mon entreprise et son organisation".

Aix'Elles : "merci Adeline pour ton témoignage".

Propos recueillis par Christine Jaugey, pour Aix'Elles

Initiation à l'aviron 1er octobre 2017 - Octobre Rose

Initiation à l'aviron 1er octobre 2017 - Octobre Rose

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Grenna Solange 15/11/2017 07:45

Tres beau témoignage que jai pris beaucoup de plaisir à lire ! Metci Adeline pour cette belle leçon de vie !

marthouret brisset isabelle 13/11/2017 17:22

très beau témoignage et montage du film